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MANIFESTE POUR L’UNITE FRANCOPHONE
1. La Belgique : un Etat fondĂ© sur un fĂ©dĂ©ralisme dont la structure hybride assure l’Ă©quilibre
Après 35 annĂ©es de dĂ©bats communautaires et linguistiques souvent difficiles, de nĂ©gociations âpres et de compromis laborieux, la Belgique fĂ©dĂ©rale est nĂ©e, axĂ©e sur trois communautĂ©s culturelles, trois rĂ©gions Ă©conomiques et quatre rĂ©gions linguistiques. Les frontières de ces dernières sont largement artificielles et parfois en contradiction avec les rĂ©alitĂ©s sociologiques. C’est ainsi que les majoritĂ©s francophones dans plusieurs communes n’ont pas empĂŞchĂ© l’inclusion de ces entitĂ©s dans la rĂ©gion de langue nĂ©erlandaise. Cette situation de droit public contraire Ă la rĂ©alitĂ© et Ă la volontĂ© des habitants est contrebalancĂ©e par des droits particuliers en matière d’emploi des langues (facilitĂ©s) et par des droits politiques rĂ©sultant soit de droits de vote dans la rĂ©gion contiguĂ«, soit de l’appartenance Ă un arrondissement Ă©lectoral, restĂ© bilingue.
On peut affirmer que la mise en cause de ces droits culturels et politiques met en pĂ©ril tout l’Ă©quilibre de l’Ă©difice pĂ©niblement construit.
La scission de l’arrondissement Ă©lectoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde, exigĂ©e par le Parlement flamand, signifie donc la fin du compromis fĂ©dĂ©ral belge. Elle est Ă ce titre non nĂ©gociable si la frontière linguistique est maintenue dans son Ă©tat actuel.
Mais ce n’est pas, et de loin, le seul domaine oĂą la Flandre pose des conditions politiques pour accepter la continuation de l’Etat belge.
Pour l’avenir de la Belgique, le programme du Vlaamse Raad revendique la scission d’un très grand nombre de secteurs encore « nationaux » parmi lesquels de nombreux aspects de la sĂ©curitĂ© sociale et de la fiscalitĂ©. Il relaie ainsi les exigences Ă long terme du mouvement flamand.
Tel quel, ce programme pose à la partie francophone du pays de graves problèmes politiques, économiques et sociaux.
Ne pas prendre au sĂ©rieux ce plan d’action flamand serait aussi condescendant vis-Ă -vis des Flamands que dangereux vis-Ă -vis des Wallons et des Bruxellois.
La revendication de la scission de l’arrondissement Ă©lectoral et judiciaire de BHV se situe, en fait, sur une trajectoire qui dĂ©passe son objet propre. Elie vise Ă faire place nette, gĂ©opolitiquement parlant, pour imposer la suite du programme flamand : aboutir Ă un confĂ©dĂ©ralisme inĂ©galitaire qui ne conserve la Belgique que pour garder un contrĂ´le flamand sur Bruxelles et sur un Etat-croupion bilingue.
Outre les atteintes portĂ©es aux droits des francophones de la pĂ©riphĂ©rie, la scission de BHV, conjuguĂ©e avec l’extinction des facilitĂ©s linguistiques, prĂ©figure des frontières d’Etat, dans l’hypothèse oĂą la Belgique serait scindĂ©e.
Des manifestes flamands comme ceux du groupe de la « Warande » indiquent d’une certaine manière les motivations et les ambitions modernes du mouvement flamand. Mais d’autres responsables influents, comme Yves Leterme, ministre-prĂ©sident de la rĂ©gion flamande, soufflent tour Ă tour, en fonction des interlocuteurs et du public visĂ©, le chaud et le froid, affichant tantĂ´t un visage impĂ©rialiste, mĂ©prisant et conquĂ©rant, tantĂ´t un aspect paterne, conciliant - voire enjĂ´leur. C’est dire que le dĂ©codage de la stratĂ©gie flamande doit Ă©viter la caricature et privilĂ©gier, dans toute la mesure du possible, une analyse fine.
D’autant que l’Ă©noncĂ© de la position flamande revĂŞt souvent les habits de la prĂ©sentation scientifique, bourrĂ©e de chiffres, de tableaux et de schĂ©mas qui donnent l’illusion de l’objectivitĂ© et du sĂ©rieux. Un certain nombre de francophones, politiques, commentateurs ou chercheurs ont d’ailleurs sautĂ© Ă pieds joints dans le piège faisant du dĂ©nigrement de la Wallonie et de Bruxelles leur miel prĂ©fĂ©rĂ©.
2. Le projet flamand
Parler d’un projet flamand quant Ă l’avenir de la Belgique, surtout d’un projet « unique » qui recueillerait les suffrages de l’ensemble des dĂ©cideurs flamands est hasardeux, voire pĂ©rilleux.
NĂ©anmoins, quand on confronte les points de vue divers qui s’expriment au Nord du pays, on parvient Ă esquisser le programme minimum qui sous-tend l’action des hommes politiques et des hommes d’affaires qui militent en faveur d’une autonomie renforcĂ©e de la Flandre, censĂ©e lui permettre en s’Ă©mancipant davantage de majorer son rĂ´le, d’amĂ©liorer sa prĂ©tendue prospĂ©ritĂ© Ă©conomique et, en quelque sorte, de voler de ses propres ailes.
Le diagnostic posé, à quelques bienheureuses exceptions près, est simple, voire simpliste :
c’est la Flandre qui tire la Belgique vers le haut, qui assure sa prospĂ©ritĂ©, grâce au travail et au dynamisme de ses habitants ;
chaque annĂ©e, la Flandre fait cadeau aux deux autres rĂ©gions de plusieurs milliards d’euros ;
la Wallonie et Bruxelles sont des régions sous-développées, que la Flandre tient à bout de bras ;
les Wallons et les Bruxellois sont paresseux, n’ont pas l’esprit d’entreprise, votent mal et ont une mentalitĂ© d’assistĂ©s ;
la Flandre est une région prospère, parce que socialement, politiquement, culturellement et linguistiquement homogène et elle entend donc le rester.
A partir de ce constat, la solution paraĂ®t couler de source : la Flandre doit devenir le plus vite possible une rĂ©publique indĂ©pendante et larguer ses voisins encombrants et coĂ»teux que sont la Wallonie et Bruxelles. Tel est le discours des plus extrĂ©mistes souvent soutenus par les tenants du mondialisme et de la pensĂ©e unique pour qui la Wallonie et Bruxelles constituent un obstacle Ă leurs fantasmes idĂ©ologiques. A ce niveau, le rĂ©gionalisme pur et dur, fondĂ© sur le modèle fascisant du « eigen volk eerst » (avatar de la prĂ©fĂ©rence nationale de Le Pen) se marie contre nature avec le fanatisme Ă©conomique mondialisĂ©.
Bien des chefs d’entreprise, l’oeil rivĂ© sur les cours de bourse, serrent donc, en Flandre, la main des Dewinter et des Annemans.
Mais tout n’est pas aussi simple. Car l’affaire n’est pas dans le sac. Les dirigeants flamands, frottĂ©s aux rĂ©alitĂ©s politiques, savent bien que l’Etat fĂ©dĂ©ral belge procure Ă la Flandre de nombreux avantages financiers, budgĂ©taires, Ă©conomiques ou en termes d’emploi, que le sĂ©paratisme pur et simple lui ferait perdre. Sans parler de la visibilitĂ© de la Flandre sur le plan international, notamment en matière commerciale, qui dĂ©pend pour la plus grande part de Bruxelles, capitale europĂ©enne dont la langue vĂ©hiculaire majeure possède un prestige de portĂ©e mondiale.
S’est donc peu Ă peu rĂ©pandue en Flandre l’idĂ©e de marier subtilement les avantages de l’indĂ©pendance (c’est-Ă -dire le refus de toute solidaritĂ© budgĂ©taire ou financière avec les deux autres rĂ©gions) et les avantages que la Flandre, majoritaire dans l’Etat belge, tire de ce dernier, particulièrement en termes d’emploi, de prestige international, de visibilitĂ© commerciale, de flux Ă©conomiques et d’investissements.
D’oĂą l’idĂ©e de remplacer l’Etat fĂ©dĂ©ral par une confĂ©dĂ©ration aux contours très lâches, laissant Ă la Flandre la maĂ®trise de son « dynamisme » Ă©conomique et des ressources qu’elle en tire et lui conservant la haute main sur l’Etat central (ou ce qu’il en resterait) et Bruxelles, capitale dont le bilinguisme imposĂ© est rentable en termes d’emploi et qui constitue, avec son statut de capitale europĂ©enne une « vitrine » irremplaçable pour les entreprises flamandes.
Il s’agit donc de « larguer la coĂ»teuse Wallonie », d’arrimer solidement Bruxelles et de conserver tous les avantages artificiels que confère Ă la Flandre l’existence d’un semblant d’Etat bilingue qu’elle pourrait continuer Ă exploiter.
A l’analyse, on se rend bien vite compte que le projet d’Etat confĂ©dĂ©ral est infiniment plus pervers et plus dangereux pour les Wallons et les Bruxellois que le projet sĂ©paratiste car il cumule pour eux tous les inconvĂ©nients : la perte de toute solidaritĂ© Nord-Sud conjuguĂ©e avec le maintien de leur sujĂ©tion Ă l’égard de la Flandre qui pourrait continuer Ă profiter Ă leur dĂ©triment de l’essentiel des ressources de la Belgique en tant qu’Etat.
3. Le projet flamand à la lumière de son cheminement
Le projet flamand d’Etat confĂ©dĂ©ral est enracinĂ© dans une Ă©volution programmĂ©e et entend tenir pour dĂ©finitivement acquis ce qui a Ă©tĂ© engrangĂ© depuis 1970 tout en jetant aux orties les contreparties acceptĂ©es.
La première donnĂ©e intangible dont entend se prĂ©valoir le mouvement flamand concerne la frontière linguistique nĂ©e de la suppression du recensement et la prĂ©valence de la notion d’ « homogĂ©nĂ©itĂ© culturelle » assurant Ă la Flandre la maĂ®trise culturelle sur un sol artificiellement dĂ©limitĂ© mais refusant cette mĂŞme homogĂ©nĂ©itĂ© culturelle Ă Bruxelles (oĂą vivent 90 % de francophones) sous prĂ©texte d’instituer une capitale bilingue ou l’usage du flamand serait mis sur un pied d’Ă©galitĂ© avec celui du français. Le concept mĂŞme d’homogĂ©nĂ©itĂ© culturelle qui justifie tous les abus (expulsion de l’UniversitĂ© catholique de Louvain, imposition du flamand dans toute la vie sociale – y compris pour l’accès au logement – circulaire Peeters, etc.) procède donc, Ă la base, d’une extraordinaire manipulation intellectuelle imposĂ©e Ă l’Ă©poque aux francophones par une majoritĂ© flamande assistĂ©e de Wallons et de Bruxellois naĂŻfs ou complices.
On n’oubliera toutefois pas aujourd’hui que le prĂ©texte de tout cela Ă©tait la crĂ©ation d’un Etat fĂ©dĂ©ral solidaire, ayant pour capitale Bruxelles, que les communes de la pĂ©riphĂ©rie se sont vu octroyer des facilitĂ©s protĂ©gĂ©es par un mĂ©canisme constitutionnel (majoritĂ© qualifiĂ©e) et que la rĂ©glementation de l’emploi des langues y a Ă©tĂ© expressĂ©ment soustraite Ă la rĂ©gion de langue nĂ©erlandaise incorporĂ©e dans la communautĂ© flamande. A ce titre, les communes Ă facilitĂ©s ne font pas partie de la communautĂ© flamande. Il ne faudra pas l’oublier, le moment venu.
Et il conviendra de se souvenir que le principe de l’homogĂ©nĂ©itĂ© linguistique liĂ©e au sol devrait normalement conduire les Flamands de Bruxelles Ă ĂŞtre administrĂ©s en français. Ces Flamands devraient, selon la formule d’Yves Leterme, « s’adapter » Ă leur situation gĂ©ographique en s’exprimant dans la langue majoritaire de leur rĂ©gion.
II y a plus. Dans la mesure oĂą des populations majoritairement francophones (parfois Ă plus de 70 % selon les rĂ©sultats des Ă©lections communales de 2006) Ă©taient incorporĂ©es pro partim dans la rĂ©gion flamande, l’accord politique qui a conduit au fĂ©dĂ©ralisme actuel a accordĂ© aux personnes concernĂ©es le droit de voter aux Ă©lections lĂ©gislatives pour des parlementaires francophones par le biais du maintien de l’arrondissement Ă©lectoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Le mouvement flamand voudrait aujourd’hui revenir sur les contreparties qu’il a acceptĂ©es Ă l’annexion Ă la Flandre de plusieurs communes, majoritairement francophones, de la pĂ©riphĂ©rie bruxelloise.
Le cheminement de la pensée du mouvement flamand consiste donc bien à prétendre consolider ses acquis en en reniant les contreparties.
Ce qui est encore plus Ă©trange, c’est que le mouvement flamand n’accepte pas les consĂ©quences nĂ©gatives pour lui de la scission rĂ©clamĂ©e de l’arrondissement Ă©lectoral. Il est de fait que cette scission, si elle Ă©tait pure et simple, priverait la Flandre de plusieurs dĂ©putĂ©s, la population flamande de Bruxelles Ă©tant insuffisante pour assurer le maintien dans la rĂ©gion d’un nombre d’Ă©lus flamands suffisant. On peut estimer que le système ferait perdre environ trois dĂ©putĂ©s Ă la Flandre au profit des francophones de Bruxelles et de la pĂ©riphĂ©rie. Le mouvement flamand exige donc un système truquĂ© d’apparentement lui garantissant Ă sens unique des Ă©lus non dĂ©mocratiquement justifiĂ©s.
Tout gagner mais ne rien perdre est le slogan préféré de la militance nationaliste du nord du pays.
Il en va bien entendu de mĂŞme de toutes les revendications flamandes en matière Ă©conomique et financière. Elles ne concernent que ce qui peut rapporter Ă la Flandre, jamais ce qui peut lui coĂ»ter. On entend sĂ©lectionner les pans de la sĂ©curitĂ© sociale oĂą l’on croit pouvoir dĂ©penser moins en Flandre en les rĂ©gionalisant, mais on veut maintenir le système de pensions confĂ©dĂ©ral car la population flamande a un rĂ©el problème de vieillissement accĂ©lĂ©rĂ©. Et tout est Ă l’avenant. On veut conserver les emplois pillĂ©s dans l’Etat central, mĂŞme confĂ©dĂ©ralisĂ©. On entend garder l’impĂ´t des personnes physiques et les cotisations sociales perçues sur les travailleurs flamands travaillant Ă Bruxelles mais laisser Ă charge des Bruxellois le poids du chĂ´mage qu’on entretient cyniquement dans la capitale au nom du « bilinguisme ».
Tout cela est un peu gros mais ne trouble semble-t-il guère les esprits en Flandre.
Il est peut-être temps que les francophones, eux, se réveillent.
4. Les faiblesses de la Flandre
La Flandre affiche en permanence un bulletin de santĂ© Ă©clatant. Elle fait penser Ă ces prĂ©sidents atteints d’un cancer qui obligent leur mĂ©decin-traitant Ă diffuser des compte-¬rendus optimistes pour tromper l’opinion publique. L’ennui, c’est que bon nombre d’observateurs, y compris francophones, se laissent leurrer par cet optimisme de commande dont le but est surtout de faire croire Ă une « bonne gouvernance » flamande qui se dĂ©marquerait avec bonheur du laxisme congĂ©nital des Wallons et des Bruxellois. Mais la rĂ©alitĂ© est tout autre. Les faiblesses et les handicaps de la Flandre sont nombreux et les indices de ses mauvaises performances prĂ©sentes et Ă venir abondent.
Au point que l’on peut ĂŞtre convaincu que l’indĂ©pendance de la Flandre la conduirait inĂ©luctablement Ă un appauvrissement collectif, y compris dans les domaines oĂą elle s’affiche aujourd’hui, un peu sottement, en tĂŞte de peloton.
- Vieillissement accéléré de la population flamande
Tout le monde sait que la population flamande a vieilli, vieillit et continuera Ă vieillir plus rapidement que celle des deux autres rĂ©gions. En 2030, selon les estimations de l’Institut National des Statistiques, les plus de 65 ans reprĂ©senteront 43,7% de la population flamande contre 38,5% en Wallonie. Dès Ă prĂ©sent, les responsables fĂ©dĂ©raux (flamands) lancent des appels Ă la constitution de rĂ©serves en vue du paiement des pensions dans les dĂ©cennies Ă venir. Et lĂ , curieusement, personne ne parle de rĂ©gionalisation. Car si la Flandre se retrouve seule, elle devra faire face Ă un très grave problème social Ă l’égard de ses aĂ®nĂ©s. Ce problème existe dĂ©jĂ . Car curieusement, la Flandre qui se targue de l’ardeur au travail de sa population, possède une caractĂ©ristique inquiĂ©tante : le taux d’emploi des personnes de plus de cinquante ans y est rĂ©ellement très faible : selon Rudy Aernoudt, ancien chef de cabinet du ministre de l’Ă©conomie, seule une personne de plus de cinquante ans sur cinq est en activitĂ©.
CouplĂ© Ă celui qui concerne le refus psycho-idĂ©ologique de l’immigration, instrumentalisĂ© par le Vlaams Belang et Ă une natalitĂ© dĂ©ficiente, ce diagnostic fera peser dans les dĂ©cennies Ă venir une charge insupportable sur les 20-40 ans qui, malgrĂ© toutes les politiques annoncĂ©es de desserrement de l’Ă©treinte fiscale vont se retrouver pressĂ©s de contributions de toutes sortes qui endigueront, Ă coup sĂ»r, le prĂ©tendu dynamisme flamand.
- La Flandre dispose d’un nombre insuffisant d’emplois
Dans le manifeste de la Warande, ses auteurs publient les chiffres suivants du chĂ´mage :
Ces chiffres sont de la poudre aux yeux car ils occultent volontairement la situation de l’emploi disponible dans les diverses rĂ©gions.
La Flandre a un dĂ©ficit structurel d’emplois très supĂ©rieur Ă la moyenne europĂ©enne. Il faut savoir que 10% de la main d’oeuvre flamande occupent des emplois bruxellois. Le dĂ©ficit flamand d’emploi peut ĂŞtre Ă©valuĂ© Ă 16% environ, ce qui reprĂ©sente en fait le chĂ´mage structurel intrinsèque de la Flandre.
Celle-ci, qui occupe 235.000 emplois créés par le dynamisme économique bruxellois, en offre à peine 37.000 aux habitants de Bruxelles avec une population six fois plus importante !
Si l’on se rapporte aux emplois flamands disponibles, le taux de possibilitĂ© d’accès Ă un emploi est le plus bas des trois rĂ©gions : moins de 54% alors qu’Ă Bruxelles le nombre d’emplois disponibles est supĂ©rieur Ă celui de la population en âge de travailler ! PrivĂ©e de la ressource fertile de l’emploi bruxellois, la Flandre serait dans une situation tout Ă fait dĂ©favorable sinon catastrophique.
Faut-il encore ajouter que les chiffres citĂ©s par le manifeste de la Warande sont faux en ce qui concerne l’emploi bruxellois ? Bruxelles compte une population active de 372.000 travailleurs. Cela signifie que 58% de la population en âge de travailler occupent un emploi (et non 55,4% comme le soutient la Warande) et que le taux de chĂ´mage calculĂ© selon les critères retenus pour la Flandre est de 12,8% et non de 19,2% comme il est Ă©crit clans le manifeste dont pratiquement toutes les statistiques sont ainsi falsifiĂ©es.
L’emploi bruxellois a augmentĂ© de 67.000 unitĂ©s en 10 ans, soit presque exactement 10%. La Flandre en a largement profitĂ©, notamment pour compenser certaines faiblesses de pans entiers de son Ă©conomie.
- Le produit intérieur brut de la Flandre est faible
Les chiffres du manifeste de la Warande concernant les chiffres du produit intĂ©rieur brut des trois rĂ©gions sont significatifs. Ils sont donnĂ©s en milliards d’euros :
Plusieurs remarques s’imposent. La première est que la Flandre avec six fois plus d’habitants que Bruxelles ne produit que trois fois plus de richesses.
La seconde, que le diffĂ©rentiel entre la Flandre et la Wallonie, compte tenu du nombre respectif d’habitants, n’est pas aussi important que les propagandistes du nord du pays ne l’affirment.
La troisième, que si l’on additionne les performances de la Wallonie et de Bruxelles pour les comparer Ă celles de la Flandre, on obtient :
La conclusion est assez simple. Le P.I.B. de la Flandre est deux fois inférieur à celui de Bruxelles et il est même inférieur à celui de la Wallonie et de Bruxelles réunis.
Cela montre la faiblesse intrinsèque de l’Ă©conomie flamande et son Ă©troite dĂ©pendance Ă l’égard de ses voisins.
Bien sĂ»r, les auteurs du manifeste ont « corrigĂ© » les chiffres en considĂ©rant arbitrairement que les travailleurs flamands de Bruxelles devaient ĂŞtre incorporĂ©s clans la « richesse » flamande. Il s’agit lĂ d’un « trafiquage » inacceptable des rĂ©alitĂ©s. Le passage de la notion de P.I.B. (produit intĂ©rieur brut) Ă celle de P.N.B. (produit national brut) n’autorise absolument pas ce genre de manipulation. Ces richesses (le P.I.B.) sont le produit de l’activitĂ© Ă©conomique des entreprises travaillant Ă Bruxelles et non des travailleurs flamands qui en bĂ©nĂ©ficient. Ecrire le contraire est une falsification. Dont le seul objectif est de tromper les citoyens flamands Ă propos de leur prĂ©tendue prospĂ©ritĂ© et des cadeaux imaginaires qu’ils feraient aux autres rĂ©gions.
Le tableau rĂ©el de la rĂ©partition du P.I.B. par tĂŞte d’habitant entre les Flamands, d’une part, les Wallons et les Bruxellois, d’autre part, le montrera.
On constate donc que le produit intĂ©rieur brut par habitant est infĂ©rieur en Flandre Ă ce qu’il est dans l’ensemble Wallonie-Bruxelles.
Quant Ă la richesse produite par Bruxelles par tĂŞte d’habitant, elle s’Ă©lève Ă 51.310 euros, soit le double de la Flandre.
Il est clair que ce pactole, dĂ» essentiellement au dynamisme et Ă l’activitĂ© des entreprises Ă©tablies Ă Bruxelles, ne profite que très inĂ©galement Ă la rĂ©gion oĂą les poches de pauvretĂ©, de sous-emploi ou de misère demeurent très importantes. D’abord, Bruxelles reste une ville duale oĂą les quartiers prospères en cĂ´toient d’autres, infiniment dĂ©munis. Mais il y a aussi, bien sĂ»r, le pillage systĂ©matique de la richesse bruxelloise produite par ses habitants par une sorte d’accaparement par la Flandre de 34,8% des emplois créés par les Bruxellois. Cette navette est organisĂ©e, encouragĂ©e par toutes sortes de procĂ©dĂ©s dont le remboursement par l’employeur des frais de dĂ©placement n’est pas le moindre. Elle l’est aussi par l’imposition lĂ©gale ou larvĂ©e du bilinguisme flamand-français dans beaucoup d’entreprises tant publiques que privĂ©es. Bilinguisme de façade d’ailleurs, car l’Ă©crasante majoritĂ© des navetteurs flamands sont totalement incapables de manier un français correct. C’est la tenue en mains de nombreux leviers de commande par des cadres flamands dans les entreprises tant publiques que privĂ©es qui favorise cette mystification qui s’apparente, Ă certains Ă©gards, Ă une forme de « colonisation ».
- La mobilité du travailleur flamand est faible
Selon une enquĂŞte IPSOS publiĂ©e par Le Soir les samedi 9 et dimanche 10 septembre 2006, les attitudes respectives des travailleurs flamands et francophones ne correspondent pas du tout aux stĂ©rĂ©otypes rĂ©pandus « con amore » par une partie de la presse du nord du pays.
74% des francophones sont prĂŞts Ă augmenter leur trajet maison-travail de 30 minutes pour conserver leur emploi, contre 62% des Flamands.
Si trois-quarts des francophones sont disposés à accroître leurs déplacements pour obtenir un emploi, seuls un peu plus de 6/10èmes des Flamands manifestent cette souplesse malgré un territoire plus étriqué et des transports collectifs plus denses.
La statistique a Ă©tĂ© rĂ©cemment confirmĂ©e lorsque fut envisagĂ© le transfert Ă Liège d’une partie de l’activitĂ© de l’aĂ©roport de Zaventem : ce fut une levĂ©e de boucliers parmi les travailleurs flamands.
Indiscutablement, la Flandre souffre en l’espèce d’un handicap sur le plan Ă©conomique que les prochaines Ă©volutions des entreprises vont aiguiser.
- Le travailleur flamand manque de souplesse par rapport Ă l’horaire de travail !
Encore un clichĂ© qui s’envole.
75% des francophones sont prĂŞts Ă travailler souvent plus tard, contre 62% des Flamands.
Le rĂ©sultat du sondage recoupe le constat prĂ©cĂ©dent. L’ardeur au travail et les sacrifices qu’il impose sont supĂ©rieurs chez les francophones que chez les Flamands. Le mythe de la paresse congĂ©nitale des gens du sud ne rĂ©siste pas Ă l’analyse objective. Mais il y a lĂ bien du souci Ă se faire pour une Flandre indĂ©pendante, confrontĂ©e simultanĂ©ment Ă des travailleurs peu motivĂ©s qui, en mĂŞme temps, sous l’influence du Vlaams Belang, combattent l’envahissement de la main d’oeuvre Ă©trangère !
- L’Ă©conomie flamande est intrinsèquement fragile
Tous les Ă©conomistes sont d’accord pour dire que l’Ă©conomie wallonne a souffert de ce que l’essentiel de son potentiel (la sidĂ©rurgie et le charbon), fleurons de l’expansion et de la croissance au 19ème siècle, a peu a peu disparu ou perdu de son importance et qu’un outil vieillissant, mal renouvelĂ© ou adaptĂ© par les entreprises a prĂ©cipitĂ© un dĂ©clin inĂ©luctable.
L’Ă©conomie wallonne, axĂ©e longtemps sur un puissant secteur secondaire, a montrĂ© plusieurs signes d’effondrement. Nous verrons que, reconvertie avec bonheur dans certains domaines de pointe et se dĂ©ployant enfin clans le tertiaire et le quaternaire, la Wallonie dispose dĂ©sormais des outils de son redressement. Paradoxalement, c’est aujourd’hui la Flandre qui a de puissantes raisons de s’inquiĂ©ter.
L’exiguĂŻtĂ© de son territoire, la mobilitĂ© accĂ©lĂ©rĂ©e par un rĂ©seau routier et autoroutier densifiĂ© Ă l’extrĂŞme, le port d’Anvers, le pactole pĂ©trolier et gazier, ont dopĂ© la Flandre de la seconde moitie du XXème siècle. Mais cela aussi a une fin. Le tout Ă la voiture et au transport routier s’effrite de façon accĂ©lĂ©rĂ©e. Les prĂ©occupations Ă©cologiques mettront bientĂ´t en pĂ©ril les grandes concentrations industrielles flamandes (comme celle de Gand) qui dĂ©passent quotidiennement les seuils de pollution dans le silence assourdissant des instituts chargĂ©s de la contrĂ´ler. Les rĂ©serves de pĂ©trole et de gaz s’Ă©puisent et pourtant la Flandre s’obstine Ă refuser l’implantation d’Ă©oliennes en pleine mer.
Toutes les rivières, tous les canaux flamands sont dramatiquement polluĂ©s. Et la Flandre dĂ©pend entièrement du sud du pays pour son approvisionnement en eau douce. Son Ă©conomie, fondĂ©e sur les illusions du « welfare state » et du progrès sans limite de la croissance, a des pieds d’argile.
La Flandre est donc, sans conteste, la plus prochaine victime prĂ©visible d’une rĂ©cession Ă©conomique majeure car les bases de sa prospĂ©ritĂ©, insuffisamment diversifiĂ©es, ne sont pas saines. Plus que d’autres, elle dĂ©pend de ses exportations. Elie sera donc la première victime des dĂ©localisations et du dĂ©veloppement industriel et commercial de l’Asie.
Son port principal est sous-equipĂ©. Son aĂ©roport (Zaventem) obsolète. La Flandre « indĂ©pendante » est mal partie.
5. Qu’en est-il des transferts de la Flandre vers la Wallonie et Bruxelles ?
Dans Le Soir du 30 novembre 2005, le tableau des transferts Flandre/Communauté française, tiré du manifeste de la Warande, était présenté de la manière suivante :
Total des transferts de la Communauté flamande vers la
Communauté française en 1990 et en 2003 en milliards d’euros
Selon ce tableau, la Flandre ferait actuellement Ă la Wallonie et Ă Bruxelles un cadeau annuel de 10,4 milliards d’euros.
Mais il vaut vraiment la peine de scruter le manifeste de la Warande. Car Ă la page 213, on peut constater que la Flandre prĂ©lèverait 14,8 milliards d’euros sur la richesse créée Ă Bruxelles pour pouvoir asseoir les chiffres dits « corrigĂ©s » du produit « national » brut flamand ! (Le passage astucieux du P.I.B. au P.N.B. relève en fait de la prestidigitation). Nul ne sait Ă quoi correspondent ces chiffres qui ne sont justifiĂ©s par aucune rĂ©fĂ©rence sinon celle des mouvements pendulaires, ce qui pourrait laisser entendre que la Flandre s’accapare arbitrairement (selon quels critères ?) 30% des biens et services produits Ă Bruxelles Ă partir de la navette dont elle bĂ©nĂ©ficie. Si l’on admet ce calcul, il faut alors constater que l’Ă©conomie de Bruxelles procure annuellement Ă la Flandre 4,4 milliards de plus que ce que celle-ci rĂ©trocède Ă tous les francophones, Wallons et Bruxellois rĂ©unis.
A suivre le raisonnement des auteurs du manifeste, il faut admettre que l’indĂ©pendance de la Flandre entraĂ®nant la sĂ©paration d’avec Bruxelles lui coĂ»terait très cher.
La seule perte en termes d’impĂ´ts et de cotisations sociales dĂ©passerait, selon nos estimations, de l’ordre de 5 milliards d’euros.
On comprend mieux dès lors pourquoi, dans les tableaux dressĂ©s aux pages suivantes du manifeste et qui sont consacrĂ©s Ă l’hypothèse de l’indĂ©pendance flamande, tous les classements prĂ©sentĂ©s omettent systĂ©matiquement Bruxelles. En effet, si l’on additionnait les performances wallonnes et bruxelloises, la Flandre serait surclassĂ©e dans pratiquement tous les domaines (P.I.B., revenus du P.I.B. par habitant, emplois offerts, etc.).
A trop vouloir prouver, on finit par ne plus rien prouver du tout et même à démontrer le contraire de son projet de départ.
6. La Flandre tire grand profit de l’Etat fĂ©dĂ©ral belge
MĂŞme si l’on nĂ©glige le fait que les francophones de la pĂ©riphĂ©rie, incorporĂ©s Ă la rĂ©gion flamande contre leur volontĂ© sont, malgrĂ© les injustices qui les frappent, parmi les meilleurs contributeurs du budget flamand, on ne peut passer sous silence la vĂ©ritable razzia opĂ©rĂ©e par la Flandre, Ă la faveur du bilinguisme imposĂ© ou rampant, dans l’emploi, tant au niveau fĂ©dĂ©ral qu’au niveau bruxellois.
Ce sont des dizaines de milliers d’emplois qui sont ainsi soustraits aux francophones, wallons et bruxellois.
Dans toutes les institutions fĂ©dĂ©rales, ministères, Chambre des ReprĂ©sentants, SĂ©nat, hautes fonctions de l’Etat, la Flandre se taille la part du lion. Il en va de mĂŞme dans toutes les institutions para-fĂ©dĂ©rales et les ex-grands services publics : S.N.C.B, postes, tĂ©lĂ©phonie, aĂ©roport national, port d’Anvers, jardin botanique. Les chiffres exacts sont rarement disponibles ou font l’objet de subtils camouflages. On sait pourtant qu’Ă la poste et aux chemins de fer on n’engage pas de Bruxellois. On sait qu’au greffe et au parquet du tribunal de Bruxelles, avec 65% d’affaires françaises, il y a plus de 65% d’employĂ©s flamands. Et tout est Ă l’avenant.
La situation est la mĂŞme au niveau rĂ©gional. Les quotas, qui prĂ©voient dĂ©jĂ deux fois plus d’agents flamands que les dossiers traitĂ©s en nĂ©erlandais ne le nĂ©cessitent ne sont mĂŞme pas respectĂ©s. Tous les para-rĂ©gionaux sont dans le mĂŞme cas, ce qui reprĂ©sente des milliers d’emplois.
Et dans les communes, même si certains édiles résistent, la flamandisation, imposée par les législations linguistiques, poursuit son chemin.
Tout cela, pour une population flamande qui reprĂ©sente, grosso modo, 10% de l’ensemble des habitants de la rĂ©gion.
En Flandre, d’innombrables communes comptent plus de 10% de locuteurs francophones qui n’ont aucun droit. La connaissance du nĂ©erlandais y est imposĂ©e, tant dans le secteur public que dans les relations de travail au sein des entreprises. Un francophone (sauf s’il est Français, comme l’explique M. Yves Leterme !) n’a quasi aucune chance de trouver un emploi. Virtuellement, les francophones bruxellois et les Wallons sont interdits de travail et d’activitĂ© en Flandre. C’est dire que l’indĂ©pendance de celle-ci ne changerait quasi rien pour les travailleurs francophones, ce qui n’est absolument pas le cas dans l’autre sens. Car la suppression de l’Etat fĂ©dĂ©ral bilingue et du bilinguisme obligatoire Ă Bruxelles signifierait pour la Flandre l’obligation de recycler chez elle des dizaines de milliers de travailleurs ce que, nous l’avons dĂ©montrĂ©, elle est incapable de faire.
7. L’hypothèse du sĂ©paratisme ou du confĂ©dĂ©ralisme
On l’a vu, l’Ă©clatement de la Belgique ou sa rĂ©duction Ă un modèle confĂ©dĂ©ral est, indiscutablement, Ă l’ordre du jour par la volontĂ© non nĂ©gligeable d’une partie significative de l’intelligentsia flamande.
Les francophones de Wallonie et de Bruxelles doivent donc se préparer à cette éventualité.
Les signataires pensent que, dans une semblable hypothèse, la RĂ©gion wallonne et la RĂ©gion bruxelloise doivent former ensemble une fĂ©dĂ©ration solide, distincte de la Flandre, conservant entre les deux RĂ©gions de culture française une homogĂ©nĂ©itĂ© dans tous les domaines autres que les actuelles matières rĂ©gionales. Dans ce cas de figure, Bruxelles cessera Ă©videmment d’ĂŞtre la capitale de la Flandre et la fonction publique fĂ©dĂ©rale sera dĂ©mantelĂ©e et francisĂ©e. L’appartenance a l’une ou l’autre des nouvelles entitĂ©s, fĂ©dĂ©ration Wallonie-Bruxelles, d’une part, Flandre, de l’autre, sera dĂ©cidĂ©e par la consultation des habitants des communes limitrophes de l’actuelle frontière linguistique.
Enfin, les minoritĂ©s culturelles des communes de l’une et l’autre des entitĂ©s devront bĂ©nĂ©ficier de droits nĂ©gociĂ©s sur la base de la rĂ©ciprocitĂ© la plus stricte en s’inspirant des conventions internationales qui rĂ©gissent la matière.
8. Comment délimiter la future fédération francophone de Belgique ?
La prééminence du droit des gens sur le droit du sol
Le droit Ă l’autodĂ©termination
Dès l’instant oĂą la RĂ©gion flamande met en pĂ©ril les droits dĂ©mocratiques, culturels et linguistiques de territoires oĂą existe une majoritĂ© ou une importante minoritĂ© relevant d’une autre culture et mĂ©connaĂ®t la libertĂ© constitutionnelle de l’emploi des langues dans des domaines aussi sensibles que l’immigration ou le logement social, elle manifeste son incapacitĂ© Ă cohabiter dĂ©mocratiquement dans un Etat de droit et Ă assumer les obligations que lui imposent le droit des gens, les conventions internationales sur les minoritĂ©s et les droits de l’homme.
Les signataires estiment dès lors qu’il devient indispensable de consulter les populations concernĂ©es Ă Fouron et dans la pĂ©riphĂ©rie bruxelloise quant Ă leur appartenance rĂ©gionale et au rĂ©gime linguistique et culturel qu’elles souhaitent.
Ce droit Ă l’autodĂ©termination de populations qui bĂ©nĂ©ficient de statuts culturels particuliers (emploi des langues, facilitĂ©s linguistiques, culturelles et scolaires, Ă©lectorales et politiques) est tout Ă fait conforme aux règles du droit international pour la dĂ©termination des frontières dĂ©finitives.
Toute solution devra donc passer par l’organisation dans les communes limitrophes qui en exprimeront le souhait d’un referendum portant sur leur dĂ©sir d’appartenance soit Ă la Flandre, soit Ă la FĂ©dĂ©ration Wallonie-Bruxelles.
9. Un peuple wallon et un peuple bruxellois unis par la langue et la culture
II existe bien un peuple wallon dont l’existence tient Ă un certain nombre de valeurs professĂ©es en commun, presque toutes issues du Siècle des lumières et des principes fondateurs de la RĂ©volution française de 1789. Le respect de l’autre, la primautĂ© du droit des personnes sur celui du sol, la tolĂ©rance, la fraternitĂ©, le goĂ»t de la dĂ©mocratie et de la libertĂ©, mais aussi l’attachement Ă l’Ă©galitarisme social sont autant de caractĂ©ristiques de la sociĂ©tĂ© wallonne.
En tant qu’il compte soixante pour cent de Wallons d’origine, près de 90% de francophones, qu’il a une tradition immĂ©moriale de rĂ©sistance Ă l’oppression et un amour immodĂ©rĂ© de la libre expression, le peuple bruxellois est un partenaire naturel du peuple wallon. Et comme il est aussi tolĂ©rant et ouvert, il accorde actuellement, sans douleur, Ă la minoritĂ© flamande de Bruxelles, les droits politiques et culturels les plus importants du monde entier.
Les signataires pensent qu’Ă travers tout, que ce soit au sein du fĂ©dĂ©ralisme actuel ou dans n’importe quelle autre structure que l’avenir nous imposerait, Wallons et Bruxellois ont un destin commun.
Dans cet esprit, Bruxelles doit s’assumer comme rĂ©gion francophone sans complexe ni pusillanimitĂ©.
La langue française doit y occuper toute sa place, la première.
Pour le reste, prĂ©cisĂ©ment parce qu’elle est de culture française et qu’elle relève donc de la conception universaliste de celle-ci, Bruxelles a une vocation multiculturelle, bien au-delĂ d’un bilinguisme rĂ©ducteur.
Les signataires estiment donc qu’il est impensable que Bruxelles devienne une ville bilingue autonome, mĂŞme europĂ©enne, sĂ©parĂ©e de la Wallonie. Elie doit afficher clairement ses couleurs et, Ă ce titre, offrir Ă l’Europe entière son multiculturalisme.
10. La Wallonie sans Bruxelles
Certains prĂ´nent une rĂ©publique autonome de Wallonie, voire un rattachement de cette dernière, seule, Ă la France. Si cette solution-lĂ , pour autant que la France y adhère, ce qui n’est nullement Ă©vident, permettrait indiscutablement un redĂ©ploiement Ă©conomique de la Wallonie au sein d’un ensemble puissant et diversifiĂ©, par contre l’isolement de la Wallonie et son dĂ©couplage de Bruxelles marquerait une difficultĂ© majeure tant sur le plan culturel que sur celui de l’Ă©conomie. IsolĂ©s de ceux de Bruxelles, les indicateurs Ă©conomiques wallons ne sont pas très favorables. Certes, la Wallonie a amorcĂ© un vĂ©ritable redressement, elle a progressivement gommĂ© les sĂ©quelles de sa dĂ©sindustrialisation et elle possède des secteurs dynamiques et prometteurs.
« Le pĂ´le de compĂ©tence dans le domaine de la biotechnologie, proche de Liège, reprĂ©sente aujourd’hui près de la moitiĂ© du chiffre d’affaires du secteur bio-technologique en Belgique, prĂ©cise Rudy Aernoudt. La technologie aĂ©ronautique, près de Charleroi, avec des entreprises comme la Sabca et la Sonaca, bĂ©nĂ©ficie d’une renommĂ©e mondiale. La Wallonie est Ă©galement un acteur ¬important dans le domaine de la fabrication d’armes avec la FN, Ă la pointe de la technologie. »
Toujours dans le registre positif, il souligne le dĂ©veloppement Ă©conomique sur le concept porteur du regroupement d’entreprises d’un mĂŞme secteur : « A cet Ă©gard, la Wallonie devance la Flandre avec des clusters dans le domaine de I’aĂ©ronautique, la logistique, l’automobile, le bois, etc. »
Affirmer, dès lors, que la Wallonie est dĂ©pourvue d’atouts Ă©conomiques serait mentir. Mais il reste Ă©vident que l’addition des forces wallonnes et bruxelloises serait très porteuse et mettrait mĂŞme la Flandre en difficultĂ©.
D’autre part, l’osmose culturelle entre la Wallonie et une rĂ©gion comme Bruxelles, dont plus de 60% des habitants sont Wallons de souche, est tellement enrichissante, naturelle et facteur de progrès pour la science et la technologie, vitales au XXIème siècle, que sa rupture serait rĂ©ellement catastrophique.
Et l’hypothèse d’un accord bancal Wallonie-Flandre, sur le dos de Bruxelles, garantissant au sud du pays un assistanat chichement comptĂ© et toujours rĂ©vocable ferait en rĂ©alitĂ© de la Wallonie une sorte de pays en voie de dĂ©veloppement attendant l’aumĂ´ne « coopĂ©rative » de son puissant voisin. Or, contrairement Ă ce qu’on affirme, le peuple wallon n’a pas une mentalitĂ© d’assistĂ© et ses responsables Ă©conomiques, politiques, syndicaux ne sont pas des « rois fainĂ©ants ».
11. Bruxelles sans la Wallonie
Bien sĂ»r, Bruxelles est capitale europĂ©enne, son P.I.B. est Ă©clatant. Elle possède d’Ă©normes gisements d’emplois, de grandes possibilitĂ©s d’investissements dans de nombreux domaines, sa population et sa main d’oeuvre sont jeunes, bien sĂ»r.
Mais Bruxelles n’est pas une Ă®le. Elle dĂ©pend de son environnement international et son rayonnement doit beaucoup Ă la langue et Ă la culture françaises de portĂ©e mondiale. Elle est adossĂ©e Ă une Wallonie, son alliĂ©e naturelle, dont on peut dire que le dynamisme de sa classe ouvrière et de ses capitaines d’industrie a forgĂ© la Belgique Ă©conomique, politique et sociale.
Sans la Wallonie, Bruxelles serait politiquement et linguistiquement orpheline. LivrĂ©e Ă elle-mĂŞme, sorte de vitrine de la Flandre, bilinguisĂ©e Ă outrance, elle pourrait tout perdre, y compris son statut de capitale europĂ©enne que la France n’a tolĂ©rĂ© de lui concĂ©der que parce qu’elle relève de la FrancitĂ© universelle.
Bruxelles, soudĂ©e Ă la Wallonie, est et restera au contraire, le symbole universel d’une multiculturalitĂ© puisant sa source dans les Lumières.
D’aucuns rĂŞvent de vendre, mĂŞme très cher, cette citĂ© Ă la Flandre. C’est oublier sa fiertĂ© foncière et son attachement Ă des valeurs qui ne doivent pas tout Ă l’argent.
Les signataires n’accepteront jamais le troc indigne du droit des gens en échange d’une servitude même dorée.
12. Le piège du confédéralisme
Dans l’offensive flamande, le schĂ©ma qui recueille les prĂ©fĂ©rences est celui oĂą se crĂ©ent une Wallonie et une Flandre autonome, Bruxelles, rattachĂ©e en fait Ă cette dernière disposant d’une sorte de statut de protectorat, provisoire ou rĂ©vocable, le tout reliĂ© de façon très lâche au sein d’une sorte d’Etat confĂ©dĂ©ral, vide de quasi toute substance.
Dans cette optique, un moratoire rĂ©duit peu Ă peu tout transfert de solidaritĂ© vers la Wallonie (qui reçoit quelques promesses immĂ©diates destinĂ©es Ă l’amadouer) et la Flandre, dĂ©barrassĂ©e de la pseudo-charge des transferts financiers, continue Ă occuper au nom du bilinguisme, dans l’Etat confĂ©dĂ©ral et Ă Bruxelles, tous les emplois publics et privĂ©s qu’elle a pris l’habitude de squatter.
C’est ce qui s’appelle, en langage un peu relâchĂ©, demander et prendre « le beurre et l’argent du beurre ».
Autant dire, pour faire court, que la solution confĂ©dĂ©rale est, pour les francophones, la pire de toutes. Celle qu’il faut refuser Ă tout prix, de mĂŞme que toutes les petites solutions larvĂ©es, en demi-teinte, qui y conduisent, telles que la scission de BHV, sans contrepartie territoriale et de droit d’inscription Ă©lectoral, la rĂ©gionalisation d’une partie de la sĂ©curitĂ© sociale, de l’impĂ´t, etc. Car, bien sĂ»r, dans ce cas de figure, la Flandre continue Ă bĂ©nĂ©ficier Ă plein des impĂ´ts et cotisations de ses navetteurs, au dĂ©triment des francophones, et Ă rĂ©genter et occuper l’Etat-croupion ainsi constituĂ©, en monopolisant les emplois.
13. Quid pour 2007 ?
On a bien compris que la Flandre exercera, dès après les élections législatives, une énorme pression pour atteindre ses objectifs.
Que peuvent les francophones ?
D’abord, rester unis et intransigeants quant Ă leurs intĂ©rĂŞts fondamentaux. Ensuite, faire clairement comprendre que les menaces flamandes de blocage des institutions tendant Ă conduire au sĂ©paratisme ne leur font pas peur. Et qu’ils ne sont pas prĂŞts, pour l’Ă©viter, Ă adhĂ©rer Ă un confĂ©dĂ©ralisme-piège.
Alors, quoi ?
La première hypothèse est celle du statu quo amĂ©nagĂ©, les revendications flamandes sur BHV trouvant leur contrepartie dans un rattachement des communes pĂ©riphĂ©riques dont les habitants le souhaitent Ă la rĂ©gion bruxelloise et la scission se faisant sans apparentement possible pour les listes flamandes avec, en contrepartie, le droit pour les habitants francophones de l’arrondissement Ă©lectoral de voter Ă Bruxelles et pour les habitants flamands de Bruxelles de voter Ă Hal-Vilvorde.
Une solution symĂ©trique devrait ĂŞtre trouvĂ©e pour l’arrondissement judiciaire oĂą le bilinguisme disparaĂ®trait Ă Bruxelles, les cadres respectifs Ă©tant calquĂ©s sur les quotas d’affaires traitĂ©es.
Pour le reste, aucune nouvelle matière ne serait communautarisée ou régionalisée.
La seconde hypothèse aboutit Ă la crĂ©ation de deux Etats : la Flandre, d’une part, la fĂ©dĂ©ration francophone de Belgique, regroupant la Wallonie et Bruxelles, d’autre part. Ce cas de figure a de nombreuses consĂ©quences :
la Flandre et la Fédération Wallonie-Bruxelles forment des entités séparées sur tous les plans. Ainsi la Région flamande et la Communauté flamande perdent toute compétence, à quelque titre que ce soit, politique, linguistique, culturel etc. sur la Région de Bruxelles ;
la Wallonie et Bruxelles forment une entitĂ© autonome de type fĂ©dĂ©ral, caractĂ©risĂ©e par une unitĂ© territoriale et linguistique (une population sur un territoire) qui lui assure du point de vue du droit international universellement reconnu le statut de nation et d’Etat ;
la fĂ©dĂ©ration comprend deux rĂ©gions, la Wallonie (y compris la CommunautĂ© germanophone jouissant d’un statut spĂ©cial) et Bruxelles, continuant chacune Ă assumer de façon autonome les compĂ©tences rĂ©gionales actuelles ;
l’ensemble de la fĂ©dĂ©ration (Ă l’exception de la CommunautĂ© germanophone) est de statut linguistique unilingue français.
Les lois linguistiques organisant la région bilingue de Bruxelles-Capitale deviennent obsolètes ;
la fĂ©dĂ©ration assume simultanĂ©ment Ă travers son Parlement et son gouvernement l’ensemble des compĂ©tences de la CommunautĂ© française, d’une part, et de l’Etat fĂ©dĂ©ral actuel, d’autre part (sĂ©curitĂ© sociale, monnaie, finances, affaires Ă©trangères, dĂ©fense nationale, organisation judiciaire, police fĂ©dĂ©rale, etc.) ;
l’impĂ´t des personnes physiques et les cotisations sociales sont perçus au profit de la fĂ©dĂ©ration en fonction du lieu de travail ;
les droits linguistiques et culturels des minorités sont octroyés à celles-ci sur la base de la réciprocité. Ainsi les droits des Flamands de Bruxelles ou des communes à statut spécial seront identiques à ceux octroyés par la Flandre aux minorités francophones.
Dans l’hypothèse envisagĂ©e, il faudra vĂ©rifier si la fĂ©dĂ©ration, nĂ©e d’une sĂ©cession flamande, a intĂ©rĂŞt Ă rester la « FĂ©dĂ©ration francophone de Belgique » perpĂ©tuant la Belgique sur le plan national et international. II existe des avantages (au regard du droit international et du statut europĂ©en) et sans doute des inconvĂ©nients (quant Ă la reprise de la dette, par exemple).
On ajoutera que, certainement, la future fĂ©dĂ©ration axera sa politique dans le sens d’un desserrement des liens Ă©conomiques avec la Flandre et un resserrement de ceux-ci avec ses voisins français et allemands, les liens pouvant Ă©galement se concrĂ©tiser dans des accords de partenariat très Ă©troits dans les domaines des relations extĂ©rieures et de la dĂ©fense nationale.
Le redéploiement de la partie sud du pays vers des horizons plus larges lui ouvre en réalité des perspectives prometteuses sur les plans culturel et économique. Les universités francophones sont en pointe dans les classements mondiaux, ce qui ouvre aux futures générations des espérances réelles. Le pessimisme distillé par certains est sans fondement.
La troisième hypothèse est celle qui, reprenant tout le schĂ©ma prĂ©cĂ©dent, crĂ©erait seulement une sorte de coupole belge, symbolique et sans pouvoir, co-gĂ©rĂ©e paritairement par les Flamands et les francophones dont l’unique rĂ´le serait d’identifier les deux Etats comme une sorte de « Commonwealth » rĂ©duit Ă un rĂ´le de figuration internationale. Hypothèse un peu farfelue et mĂŞme surrĂ©aliste, mais on sait que le surrĂ©alisme belge est mondialement apprĂ©ciĂ©.
Tous les autres cas de figure, comme une Wallonie indĂ©pendante et livrĂ©e Ă elle-mĂŞme sans lien avec Bruxelles (ou rattachĂ©e Ă la France sans Ă©galement Bruxelles) flanquĂ©e d’une RĂ©gion bruxelloise internationalisĂ©e (sous forme de condominium ou de Washington D.C.) ou encore pire, d’une Flandre arrimant Bruxelles au prix de quelques vagues promesses, sont tout simplement inenvisageables. II faut que cela soit clairement compris par tous.
CONCLUSION
La Flandre entend mettre en cause le compromis fédéral belge.
II faut qu’on lui notifie clairement que le prix Ă payer pour ce fantasme sera très lourd car il repose sur des prĂ©misses fausses et un raisonnement biaisĂ©.
II faut aussi que tous les francophones fassent savoir clairement Ă la Flandre que ses vellĂ©itĂ©s de sĂ©paratisme, mĂŞme larvĂ©, sa tentative de gruger les Wallons et les Bruxellois Ă travers un confĂ©dĂ©ralisme qui masquerait ses objectifs, se heurteront Ă un refus net et catĂ©gorique, car en rĂ©alitĂ©, si la Flandre veut dĂ©truire la Belgique, elle le fera seule et les autres rĂ©gions s’uniront pour lui tourner le dos. L’union de la Wallonie et de Bruxelles constitue leur force. Le passĂ© l’a montrĂ©, l’avenir le prouvera une fois de plus.
Novembre 2006
Antoinette Spaak
Serge Moureaux
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